L’association Reporters Sans Frontières dénonce, « depuis le début de l’année 2000, une vague de répression sans précédent contre les médias indépendants serbes ». Selon RSF, la reprise en main par les autorités de la télévision municipale de Belgrade Studio B et la fermeture des deux principales radios indépendantes de la capitale, le 17 mai 2000, font suite au harcèlement quasi quotidien dont sont victimes les médias contestataires.
Le 9 mars dernier, la station de radio privée Tir et la chaîne de télévision Nemanja, de Cuprija (sud) sont fermées sous prétexte qu’elles fonctionnaient sans autorisation. Le 14 mars, le ministre fédéral des Télécommunications déclare que 168 stations de radio et 67 chaînes de télévision fonctionnent sans autorisation et leur accorde un délais de quinze jours pour régler leur dette qui correspondrait, selon les autorités, à l’utilisation des fréquences pour la période de juin 1998 à février 2000. Les médias incriminés déclarent n’avoir jamais reçu de notification écrite du montant à honorer et se trouvent aujourd’hui dans l’illégalité.
Le 17 mai, vers deux heures du matin, des dizaines de policiers en civil s’introduisent dans les locaux de Studio B et bloquent l’accès du bâtiment qui abrite également les stations de radio indépendantes B2-92 et Radio Index. Le gouvernement accuse Studio B d’avoir appelé à « renverser le pouvoir » du président Slobodan Milosevic et nomme un proche du pouvoir à la direction de la chaîne. Cette mesure a pour conséquence d’empêcher la diffusion des programmes de la radio B2-92, qui utilise une fréquence de Studio B ainsi que ceux de Radio Index. Le lendemain, la station indépendante B2 92 reprend ses émissions via Internet (www.freeb92.net) et le satellite, mais ses locaux sont toujours investis par les forces de l’ordre. Enfin, le 20 mai, la radio municipale Radio Pancevo reprend ses émissions sur Internet mais n’a pu récupérer son émetteur. Radio Index diffuse de nouveau des programmes réduits sur sa fréquence habituelle.
Enfin, RSF rappelle que depuis le début de l’année, une quinzaine de médias indépendants ont été fermés. Plus de 200 médias électroniques, n’ayant pas vu leurs licences renouvelées, sont menacés de fermeture. Les interpellations de journalistes et les actes de vandalismes sont fréquents, alors que les autorités multiplient les menaces contre les représentants de la presse.